William Bouchard reçoit le prix Ian Lancashire de CSDH

William Bouchard (membre étudiant et responsable de projets au sein du laboratoire) est le récipiendaire du prix Ian Lancashire pour l'étudiant·e prometteur·euse 2026 remis par la Société Canadienne des Humanités Numériques

Le prix a été décerné dans le cadre de la conférence annuelle de la société à Montréal. Au cours de cette conférence, William a présenté trois communications. La première, avec Marcello Vitali-Rosati portait sur les travaux qu'ils mènent actuellement dans le cadre du projet d'édition numérique de l'Anthologie grecque, la seconde avec Juliette Sokolov sur l'identification et la modélisation des paraphrases des Caractères de La Bruyère dans les romans du XVIIIème siècle. Enfin, William a présenté une application visant à améliorer la transparence des choix éditoriaux dans les éditions numériques critiques de textes ancien. Le jury a jugé sa présentation intitulée "Éditer la décision dans l'Anthologia Graeca : rendre la philologie classique calculable" comme témoignant d'un ancrage fort tant au sein des méthodes computationnelles que des enjeux et textes classiques.

Résumé

En contexte numérique, le texte édité se comporte vite comme un objet stabilisé, indexé, cité, réutilisé, parfois même adopté comme « référence ». Cette stabilisation transforme une chaîne de choix interprétatifs en résultat apparemment évident, alors même que la numérisation multiplie les opérations qui pèsent sur le sens (segmentation, normalisation, encodage, alignement, visualisation). En philologie classique, pourtant, cette chaîne est le cœur du travail. Les textes issus de la tradition manuscrite sont instables et lacunaires, et l’apparat critique signale des variantes sans toujours expliciter la logique des arbitrages ni les cadres linguistiques, métriques, stylistiques et stemmatiques qui orientent une leçon plutôt qu’une autre. La transition vers le numérique rend ce décalage plus aigu lorsque des catégories computationnelles figent ce qui demeure graduel, contextuel et argumentatif dans l’atelier. 

La thèse défendue est que l’unité critique fondamentale d’une édition numérique n’est pas seulement le texte et ses variantes, mais la décision éditoriale elle‑même, conçue comme un objet adressable, traçable et discutable.

 Une décision est formulée comme une conclusion liée à une cible textuelle stable. Elle s’appuie sur des données (témoins, tradition éditoriale, cohérence linguistique, plausibilité métrique, vraisemblance stylistique), explicite une garantie comprise comme règle d’inférence, documente des appuis épistémiques, enregistre des contre‑lectures et situe un degré de certitude. La proposition est démontrée sur une édition‑prototype de l’Anthologia Graeca, centrée sur un court ensemble d’épigrammes funéraires, choisi pour la densité des cas limites.

Le travail s’appuie sur Philographos, atelier web créé pour le projet, conçu pour lier chaque intervention au dossier de justification qui l’accompagne et pour en conserver les versions. L’architecture articule deux couches : une couche textuelle sérialisée en TEI‑XML (texte établi, segmentation, apparat) et une couche argumentative sérialisée en JSON‑LD, où les décisions et leurs relations forment un graphe. L’alignement repose sur des identifiants stables, notamment des URN, de sorte qu’un locus précis puisse être visé, audité, comparé et révisé sans dépendre d’un affichage particulier. Le dispositif rend visibles des médiations souvent implicites, permet de cartographier des zones d’incertitude et d’explorer des désaccords, tout en assumant qu’une part du sens résiste au calcul. 

Félicitations William !